correction du cas pratique séance 2 droit administratif Licence 2


Éléments de correction cas pratique séance 2
                                                                 

Dans le cadre de la préservation de l’environnement, le Parlement européen et le Conseil édictent une directive relative à l’interdiction de l’utilisation des plastiques à usage unique. Entre autres, la directive prévoit l’obligation des États-membres d’assurer qu’à partir de 2021 certains produits en plastique à usage unique (assiettes, couverts, tiges pour ballons et bâtonnets de coton-tige) seront interdits. La directive est transposée en France par une loi de transposition et un décret d’application de la loi.
Un groupe de représentants de l’industrie des plastiques à usage unique entend contester ces deux textes. Plus précisément, ils allèguent que le délai imparti à leur industrie pour assurer cette transition est trop bref. Or, l’impossibilité de s’adapter aux nouvelles exigences et par conséquent la difficulté de poursuivre leur activité à partir de 2021 porteraient une atteinte excessive à leur liberté d’entreprendre qui est constitutionnellement garantie.
1.       Quels recours sont envisageables ?
Contestation du décret : possible dans le cadre d’un recours pour excès de pouvoir. Mais ce délai est pris en application d’une loi de transposition d’une directive européenne. Donc :
-          Pour les parties du décret pour lesquelles la loi fait écran, impossible de le contester, CE, 2012, Air Algérie. Seule une question prioritaire de constitutionnalité est envisageable. Mais, si elle aboutit, le CC ne contrôlera pas la loi car la transposition des directives est une exigence constitutionnelle et qu’il ne contrôle que les atteintes à l’identité constitutionnelle de la France (CC, 2006, Droits d’auteurs et droits voisins). Ici, la liberté n’entreprendre n’entre pas dans cette catégorie.
-          Pour les parties éventuellement autonomes du décret, application de la jurisprudence Arcelor. Ici, la liberté d’entreprendre invoquée trouve son équivalent en droit de l’UE. Donc, question préjudicielle à la CJUE.

En outre, les représentants de l’industrie des plastiques à usage unique considèrent que la directive et les dispositions assurant sa transposition en droit interne méconnaissent le principe d’égalité tel que garanti par le droit de l’Union européenne. Plus précisément, ils considèrent qu’il y a rupture d’égalité dans la mesure où l’industrie de production de bouteilles en plastique (qui exerce selon eux une activité similaire) est exclue du champ d’application desdites dispositions et donc pourra poursuivre son activité même après 2021.
2.       Quel accueil sera réservé à ce moyen par le juge administratif ?
Application de la jurisprudence Arcelor dans l’hypothèse où les dispositions du décret sont autonomes et non couvertes par la loi-écran. Ça aboutira à une question préjudicielle à la CJUE car le principe d’égalité est protégé par le droit de l’UE.

Supposons maintenant que la France n’a pas transposé la directive susmentionnée dans le délai imparti et que par conséquent l’usine de M. A continue à produire des assiettes en plastique à usage unique conformément à l’autorisation qu’il a reçue sur le fondement d’un arrêté préfectoral mettant en œuvre les dispositions législatives en vigueur : L’association de protection de l’environnement « Lutte contre le plastique » vous demande si, malgré le manque de transposition de la directive, elle peut obtenir l’annulation de l’arrêté préfectoral dont bénéficie actuellement M. A.
3.       Quelle serait votre réponse ?
L’autorisation en cause semble bien être un acte administratif individuel. Donc, c’est possible de le contester au regard d’une directive non transposée précise et inconditionnelle au regard de la jurisprudence Perreux.
Enfin, selon les résultats d’une étude récente, la quantité de déchets en plastique sur les côtes françaises a augmenté significativement. Les représentants de l’association environnementale considèrent que cela est dû entre autres à la carence de l’État à transposer la directive susmentionnée. Or, de ce fait l’État contrevient aux objectifs de l’Accord pour la lutte contre la pollution en mer Méditerranée conclu entre la France et les autres États méditerranéens.
4.       Cet accord est-il invocable devant le juge administratif à l’occasion du recours contre l’arrêté préfectoral ?
Oui, s’il remplit les conditions d’invocabilité des traités internationaux :
-          Traité en vigueur : signé, valablement ratifié et publié.
-          Réciprocité.
-          Effet direct.


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